Occultation de ACT 2967 01618 par (250) Bettina

January, 6, 1999 @ 00:35 UT

Jean-Claude PELLE
BP 130085
PUNAAUIA - TAHITI
French Polynesia
e-mail: jcpelle@mail.pf

Le 6 Janvier 1999, vers 00:35 TU, l'astéroïde (250) Bettina occultait l'étoile ACT 2967 01618 pour les observateurs situés dans le sud de la FRANCE. Cette occultation a été notamment observée et enregistrée par CCD d'un part avec le SCHMIDT de 0.90 m de l'Observatoire de la Côte d'Azur (OCA) par Alain MAURY, et d'autre part avec un LX 200 de 8 pouces par Jean MONTANNE près de BORDEAUX.

Jean-Claude PELLE a proposé une méthode de dépouillement des images obtenues, méthode qui est exposée et discutée ci-après.

Dans ce document, nous examinons successivement:

 

Introduction

Le 6 Janvier 1999, vers 00:35 TU, l'astéroïde (250) Bettina occultait l'étoile ACT 2967 01618 pour les observateurs situés dans le sud de la FRANCE.

Un appel avait été lancé peu avant sur la Liste AUDE par François COLAS, astronome au Bureau des Longitudes de PARIS, afin d'inciter les nombreux observateurs de cette liste à suivre ce phénomène.

Cette occultation a été notamment observée et enregistrée par CCD, d'un part avec le SCHMIDT de 90 cm de l'Observatoire de la Côte d'Azur (OCA) par Alain MAURY, et avec un LX 200 de 8 pouces par Jean MONTANNE près de BORDEAUX.

Deux autres observations visuelles positives ont été obtenues, par Raymond DUSSER à APT et Joël PIRAUX à MARSEILLE.

Nous ne discutons ici que les observations CCD.

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Méthode d'Observation

La méthode utilisée consiste à laisser défiler l'étoile au travers du CCD, l'entraînement étant arrêté. De la sorte, on traduit en temps les pixels du CCD. Lors de l'occultation la traînée laissée par l'étoile disparaît et il ne reste plus que la contribution de l'astéroïde. Pour ne pas alourdir les explications, sauf précision dans le texte, le terme 'étoile' doit être interprété comme (étoile + astéroïde).

La mesure de la longueur de cette interruption se traduit en durée de l'occultation, et la position de cette interruption par rapport aux extrémités de la trace en fixe l'heure. Il faut, pour ce dernier point, qu'au moins une des extrémités de la trace soit dans le champ du CCD. Toutefois, si, comme nous le recommandons plus loin, une image du champ en mode suivi a été prise juste avant et/ou juste après l'occultation, des considérations astrométriques permettent de reconstituer l'heure de l'occultation, quand bien même aucune des extrémités de la traînée ne serait contenue dans l'image.

Si une seule des extrémités est dans le champ du CCD, il faut alors impérativement connaître l'échelle en arcsec/pixel avec une grande précision; il est toutefois très important de connaître cette échelle dans la cas où la traînée est entièrement contenue dans le CCD, car cela offre une redondance. On traduit ensuite les pixels en secondes en tenant compte de la déclinaison de l'astre observé. Éventuellement, si la trace de l'étoile occultée n'est pas complète, on peut déterminer l'échelle sur celle complète d'une étoile voisine.

La Fig 1. montre l'aspect de la traînée, telle qu'elle apparaît sur l'image Alain MAURY:

Fig 1. Extrait de l'image d'Alain MAURY (échelle 1/2).
Le mouvement diurne déplace l'image de l'étoile de gauche à droite

Quatre cercles, de couleur verte, attirent l'attention sur la cohérence des déplacements de diverses traînées au même instant, nous y reviendrons plus tard.

La Fig 2. montre l'aspect de la traînée, telle qu'elle apparaît sur l'image de Jean MONTANNE, après lui avoir appliqué les transformations géométriques pour la ramener à la même orientation et échelle que celle d'Alain MAURY

Fig 2. Extrait de l'image de Jean MONTANNE (ramenée à la même échelle et orientation que laFig 1.).
Un prétraitement complémentaire a été appliqué pour réduire la variation du background.

Trois cercles, de couleur verte, attirent l'attention sur la cohérence des déplacements de diverses traînées au même instant, sans aucun rapport bien sûr avec l'image d'Alain MAURY.

L'étoile occultée est celle qui laisse une traînée brillante en bas de chaque image, et l'on voit, dans les rectangles de couleur magenta l'interruption de cette traînée, où seule subsiste la lumière de l'astéroïde. Nous verrons plus loin que cette occultation a duré plus de 5 secondes pour Alain MAURY et plus de 9 secondes pour Jean MONTANNE.

La traînée en haut et à gauche sur l'image d'Alain MAURY n'apparaît pas sur l'extrait de l'image de Jean MONTANNE, car le premier a posé 120 secondes, et le second a posé 90 secondes, de telle sorte que la trace est plus courte sur l'image de Jean MONTANNE sur laquelle cette étoile n'apparaît que sous forme d'un gros point juste sur le bord de l'image originale (cf. Fig 6 plus loin).

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Théorie de la Mesure

On remarque que la traînée n'est pas rigoureusement parallèle aux lignes.

Cette inclinaison de la traînée a plusieurs composantes:

Toutefois, la différence entre la longueur de la trace et sa projection n'est que de 5 parties pour 1 million, donc négligeable. Par contre sur l'image de Jean MONTANNE (cf plus bas), l'orientation est de 3.895 degrés et la différence, de 2 pour mille, n'est plus négligeable.

La difficulté de la mesure tient à la détermination exacte des points où débutent et finissent les divers composants de la traînée. Elle est compliquée par les ondulations de la trajectoire, suite aux déplacements de l'image sous l'influence, soit de la turbulence, soit de vibrations du télescope, et nous verrons comment nous en affranchir.

Afin de bien comprendre le phénomène, nous avons modélisé l'ensemble 'étoile + astéroïde' par une surface gaussienne de révolution. Dans la suite du texte, nous appelons axe Z l'axe qui correspond aux 'ADU'.

Nous avons ensuite, par intégration numérique, fait glisser cette surface entre deux points le long d'une bande horizontale, en intégrant à chaque pas le flux. A un moment donné, l'occultation commence, et la surface n'est plus représentée que par le flux de l'astéroïde, enfin, l'occultation se termine, puis la traînée elle-même lors de la fermeture de l'obturateur (cette dernière, sur l'image d'Alain MAURY est hors du champ du CCD). La figure 2 montre cette simulation, faite avec une forte FWHM pour rendre bien visible le mécanisme de formation de l'image.

Fig 3. Modélisation de l'occultation (voir texte)

On retrouve bien l'aspect de la figure 1. Un examen attentif montre que l'extrémité des traces n'est pas circulaire, mais d'aspect elliptique. Afin de mettre en évidence ce phénomène, qui est très important pour la qualité de la réduction, la figure 4 montre, en fausses couleurs, 3 éléments et à une échelle quadruple:

La forme elliptique est donc bien mise en évidence sur cette image. En réalité, la surface est assez complexe, car, pour les faibles niveaux (bleu foncé), la surface atteint une largeur constante à environ mi-chemin par rapport à l'endroit où le niveau en Z devient constant. A partir du départ pratique, il faut environ 3 FWHM pour atteindre le maximum sur l'axe, alors qu'il n'en suffit que de la moitié pour atteindre la largeur définitive au niveau du pied pratique, et la trace est presque circulaire à ce niveau.

Fig 4. Modélisation vue en fausses couleurs X 4 (voir texte)

Les coupes photométriques de la figure 5 vont confirmer le fait et apporter d'autres renseignements:

Fig 5. Modélisation de l'occultation - Coupes photométriques (voir texte)

Ces coupes sont faites dans l'axe de la traînée ou de l'étoile isolée. Nous verrons plus loin qu'elles ont également une autre signification, très importante pour le dépouillement.

La courbe verte qui recouvre partiellement la courbe rouge en dehors de l'occultation, est la coupe photométrique de l'occultation simulée, c'est-à-dire (étoile + astéroïde) ou astéroïde seul ou rien.

La courbe jaune est la contribution du seul astéroïde pendant l'occultation.

La courbe rouge, partiellement recouverte par la courbe verte, est ce que l'on observerait si l'astéroïde était totalement obscur. Sur cette courbe rouge, les 4 flancs de montée et descente ont la même pente en valeur absolue. Pour la courbe verte il n'en est est évidemment pas de même, et dans la partie pour laquelle l'occultation produit la réduction de flux, la forme de la courbe verte est affine de la courbe rouge, et les pentes aussi par conséquent, dans un rapport

étoile / (étoile + astéroïde)

Autrement dit, si à la courbe verte observée on applique une affinité ayant pour axe une horizontale passant par son sommet, et de rapport

(étoile + astéroïde) / étoile

la courbe verte va venir, dans la portion centrale en coïncidence avec la courbe rouge, et il s'en suit que le flanc montant, à la fin de l'occultation sera alors identique, à une translation près, à ce qui se passe lors de l'ouverture de l'obturateur, et de même, le front descendant au début de l'occultation sera l'identique de ce qui se passe à la fermeture de l'obturateur.

Il suffit dès lors de mesurer les deux vecteurs de translation, et l'échelle étant connue, nous verrons plus loin comment la déterminer, d'en déduire:

Cette mesure peut se faire à n'importe quelle valeur suivant l'axe des ADU, mais il y a tout intérêt à la faire au niveau de l'inflexion des flancs, en se plaçant à mi-hauteur. La pente étant alors maximale, un bruit de même amplitude affectant les valeurs en ADU, aura une incidence relative plus faible sur la valeur de X pour laquelle on passe par la mi-hauteur, puisque c'est ce point, facile à déterminer que nous retenons pour faire la mesure.

La courbe cyan est très intéressante. Elle représente ce que serait une coupe photométrique de l'étoile si le télescope était entraîné à la vitesse sidérale, avec bien sûr un ajustement dans le sens des ADU pour ramener au même niveau, comme sur la Fig 4. On voit de suite que la pente des flancs de la coupe de l'étoile et de la trace ne sont pas les mêmes, ce qui confirme, si besoin était, la forme ovale de l'extrémité de la trace de l'étoile.

Mais il y a plus. L'emplacement sur l'axe des X correspond aux instants de transition utilisés pour la modélisation. Ainsi:

On voit dès lors la relation entre la forme de la courbe et le timing: les instants de transition sont ceux pour lesquels l'intensité varie de moitié par rapport à ce qu'elle va varier lors de la dite transition (soit rien vers (étoile + astéroïde), soit (étoile + astéroïde) vers astéroïde seul, etc...)

Dès lors, on obtient une donnée supplémentaire: sachant repérer, par la mesure du premier et du quatrième flanc, les points à mi-hauteur qui correspondent au début et à la fin de la pose, et connaissant le temps de pose, on en déduit l'échelle de l'image en arcsec/pixel.

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Pratique de la mesure

Jusqu'à maintenant, nous n'avons considéré que des coupes photométriques passant par l'axe.

Dans la pratique, et comme nous le faisions observer au début, la trajectoire présente des ondulations transversales, mais on remarque aussi des variations d'intensité, qui s'expliquent pas des ondulations dans le sens longitudinal.

De plus, comme nous l'avons vu, les traces ne sont pas parfaitement parallèles à l'axe des X.

En fait, il existe une propriété très intéressante: si on intègre la surface gaussienne modélisant l'étoile suivant l'axe Y, donc transversalement à la traînée, et que l'on fait une coupe photométrique du résultats, on obtient très exactement le même profil, à un facteur d'échelle en Z près. Ceci reste vrai si on intègre dans les mêmes conditions la traînée de l'étoile.

Or, à aucun moment nous ne nous sommes servis de la valeur absolue de l'amplitude, nous n'avons utilisé que des rapports.

Dès lors, nous pouvons légitimement remplacer la coupe passant par l'axe par l'intégrale suivant Y, et nous reconnaissons là immédiatement une opération de Binning suivant Y.

Autre avantage, nous travaillons alors sur un nombre d'ADU plus élevé, et nous améliorons donc le rapport Signal/Bruit, et en faisant le binning sur une largeur suffisante, on s'affranchit totalement des ondulations transversales (axe Y).

En fait, ce rapport Signal/Bruit, nous l'avons déjà implicitement amélioré lors de la première intégration le long de X.

En effet, les ADU, pour une valeur de X donnée, correspondent non pas à une position instantanée, mais à une intégration sur une durée égale au temps que met l'image d'une étoile pour traverser cette valeur de X, soit, pratiquement 3 fois la FWHM, avec, il est vrai, une incidence variable au cours de la traversée. Il y a donc là aussi un phénomène de moyenne, qui va atténuer l'incidence de la composante des ondulations dans le sens longitudinal (axe X) sur le profil.

Nous allons encore affiner les mesures. L'examen de l'image de Jean MONTANNE (Fig. 6) montre un important résidu de FLAT. Il est assez facile de se rendre compte que ce résidu est un résidu additif, provenant probablement de lumière ayant atteint la surface du CCD sans suivre le chemin optique, c'est un problème lié aux télescopes de type CASSEGRAIN. Nous exposerons plus tard la méthode, relativement complexe certes, qui permet de régler ce problème, mais qui nécessite des images d'étalonnage supplémentaires dont nous ne disposons pas ici.

Fig 6. Image complète de Jean MONTANNE prétraitée (échelle 1/2)
On y remarque le smearing pendant la numérisation
faite sans obturation ainsi qu'un important défaut de FLAT.

Le cas de l'image d'Alain MAURY et de Jean MONTANNE sont différents à plusieurs points de vue:

Voici comment nous procédons, d'abord schématiquement, en supposant, dans un premier temps, la trainée rigoureusement parallèle à l'axe des lignes de la matrice (sensiblement le cas de Alain MAURY), pour corriger les erreurs locales de FLAT (attention, il s'agit ici non pas de remplacer le FLAT, qui reste indispensable, mais d'en améliorer le résultat).

Dans le principe, nous déterminons, centrée sur la traînée, une fenêtre fixée, par exemple, à 28 pixels de haut, que nous allons décomposer en 5 bandes:

Pour la détermination du background à partir des 12 lignes externes, nous procédons par sigma-kappa, ce qui permet de s'affranchir d'un rayon cosmique ou d'une étoile faible dont la déclinaison serait proche de l'étoile étudiée.

Cette valeur, déterminée à partir des lignes marginales est soustraite, avec le coefficient convenable, de la somme des lignes centrales, cela pour chaque X.

Remarquons l'intérêt de cette méthode, dans le cas d'une image faite sans obturateur. Lors de la lecture de la matrice, l'entraînement ayant été remis en route, les étoiles du champ continuent à accumuler des charges dans les pixels qui défilent sous leur image pendant la numérisation. Ce smearing laisse une traînée verticale, et il va traverser tant le background que la traînée mesurée. En faisant une soustraction locale, on compense donc ce smearing. Mais il en sera de même pour les défauts intrinsèques à la matrice et qui affectent principalement les colonnes.

Dans le cas de l'image de Jean MONTANNE, les lignes de la matrice n'étant pas parallèles au mouvement diurne, on est amené, pour faire le binning à tourner l'image de 3.895 degrés et dès lors le smearing n'est plus vertical (cf. Fig 2) et la compensation n'est que partielle.

Le fait de travailler sans obturateur entraîne une complication supplémentaire: sur l'HISIS-22, utilisée par Jean MONTANNE, dès que la pose est terminée, les 4 premières lignes masquées de la matrice sont lues rapidement sans numérisation. Donc, l'image de l'étoile à la fin de la pose va se dégager rapidement de 4 pixels dans le sens vertical, créant un léger gap qui est favorable. Un deuxième point est favorable, car l'entraînement de l'équatorial à la fin de la pose ne redémarre pas instantanément, ce qui fait que l'étoile continue à avancer dans le sens des X, donc dégageant encore mieux la trace de smearing de celle de l'étoile mesurée. Toutefois cela ne dure pas longtemps, et comme la matrice n'est pas bien orientée, et pire, l'erreur d'alignement est dans le mauvais sens, la trace de smearing revient en arrière et va polluer le background, alors qu'elle ne pollue pratiquement pas sa propre trace.

Nous sommes donc obligé de ne mesurer le background que du coté opposé à la trace de smearing.

Nous prendrons donc 10 lignes au-dessus de la traînée pour déterminer le background local et 11 lignes pour la traînée elle-même.

Sur la Fig.7, faite par simple binning, le pic dû au smearing est très bien visible vers X = 640. Sur la seconde, corrigée par la méthode sus-indiquée, l'amplitude du pic a été réduite, mais aurait pu l'être mieux si la matrice avait été correctement orientée.

Fig 7. Traitement de l'image de Jean MONTANNE
En jaune le backgroud, qui montre le défaut du FLAT.
En rouge, la trace de l'étoile: le niveau pendant l'occultation
est inférieur au niveau avant et après la pose.

On remarque aussi, vers la colonne 457, que les deux courbes présentent un pic étroit vers le bas. Cela est dû à un défaut du CCD qui affecte toute une colonne, probablement un piège à électrons. Plusieurs autres colonnes présentent aussi ce phénomène que l'on peut voir sur l'image originale en resserrant les seuils. On remarque aussi le défaut de FLAT, matérialisé par la ligne de couleur jaune, puisque le niveau après la fin de la pose, est pratiquement au niveau, voire au-dessus, de l'astéroïde seul, ce qui est un peu gênant. Par contre, après correction, on obtient la Fig. 8, et le niveau après pose est équivalent au niveau avant la pose, et on peut donc envisager une mesure sérieuse de la différence de magnitude entre l'étoile et l'astéroïde.

Fig 8. Traitement de l'image de Jean MONTANNE
Courbe obtenue après correction par le background local

Après avoir exposé le principe de la mesure pratique, nous pouvons entrer un peu plus dans le détail: en fait, nous n'allons pas, d'une façon générale (donc hors cas de Jean MONTANNE qui n'utilise pas d'obturateur), mesurer 6 pixels de chaque coté de l'image, pas plus que nous n'allons prendre les 12 pixels exactement centraux.

Nous prendrons en fait tantôt 6 + 6, tantôt 5 +7, tantôt 7 + 5, suivant les ondulations locales de la courbe. C'est-à-dire que pour chaque X, nous allons calculer par barycentre la position verticale locale de la traînée, et cela à la fraction de pixel, ce qui nous permettra ultérieurement, en répétant l'opération sur plusieurs traînées, d'étudier la cohérence de ces ondulations. C'est sur cette valeur de Y que nous centrons la fenêtre de mesure dans le sens vertical.

La Fig. 9 montre les ondulations de la traînée telles qu'elles résultent du calcul ci-dessus, très amplifiées.

Fig 9. Traitement de l'image de Jean MONTANNE
Irrégularités de la trace laissée par l'étoile.
Echelles en X et Y en pixels (voir texte).

On retrouve vers X = 280 la petite ondulation que nous avons entourée sur la figure 2. Vers X = 350, on voit aussi nettement le décrochement qui est de l'ordre de 1 pixel. Voir également X = 580.

Avant le début de la pose (X inférieur à 100) et après la fin (X supérieur à 670), la position en Y n'a pas de sens, puisque l'on ne mesure que du bruit.

Pendant l'occultation, le rapport signal sur bruit se dégrade sévèrement, et la position est donc moins bien déterminée.

 

L'image d'Alain MAURY, orientée différemment, n'est pas affectée par les problèmes spécifiques aux colonnes. En analysant le background local, on constate seulement un gradient très régulier de +0.008 ADU / pixel.

Fig 10. Traitement de l'image d'Alain MAURY
Bruit et gradient du background au voisinage de la traînée.

Le bruit dont est affecté le background est de 16 ADU. Si on compensait comme dans l'image de Jean MONTANNE, en prenant 12 pixels dans le sens Y, on introduirait un bruit de 16 / sqrt(12) = 4.6 ADU, de l'ordre de grandeur de la correction. Nous préférons donc synthétiser un plan avec une pente dans le sens X de 0.008 ADU / pixel et le soustraire simplement de la mesure de la trace.

Fig 11. Traitement de l'image d'Alain MAURY
Courbe obtenue après correction par le gradient du background
Les lignes de couleur jaune et verte représentent respectivement
la valeur moyenne du signal pendant et hors occultation.

Fig 12. Traitement de l'image d'Alain MAURY
Irrégularités de la trace laissée par l'étoile.
Échelles en X et Y en pixels.

On remarque bien sur cette courbe le non parallélisme de la traînée avec les colonnes de la matrice.

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Résultats

 

Nous devons traduire des pixels en seconde. A la déclinaison de l'étoile occultée (41.25 degrés N), le mouvement diurne correspond à 11.305733 arcsec / seconde. Cet élément est bien sûr commun à tous les observateurs.

1) Image de Jean MONTANNE:

La pose programmée est de 90.000 secondes. Comme cette pose est faite sans obturateur, on doit considérer qu'elle commence à la fin du cycle de nettoyage de la matrice CCD, et s'arrête quand débute la lecture de la matrice, qui commence par la lecture rapide sans numérisation des quatre premières lignes masquées du CCD KAF-400. Le temps, à l'intérieur de la caméra HISIS-22 utilisée est codée en multiples de 3 millisecondes (ms), et ce compte est décrémenté toutes les 20 interruptions, lesquelles ont une période de 150 microsecondes, avec une précision relative de 20 / 16 M (20 cycles par secondes pour un quartz à 16 MHz).

En attendant que le décompte atteigne zéro, le programme de la caméra est dans une boucle d'attente. Il ne détecte donc pas immédiatement le fait que le temps soit écoulé, et un petit temps, variable, est donc consommé. En outre, avant que ne commence la lecture, un certain nombre d'initialisations sont faites.

Il ressort de ces éléments et de ceux communiqués par le constructeur de la caméra, que l'on peut estimer le temps de pose réel à 90.0128 +/- 0.0002 s, incluant l'incertitude sur la fréquence du quartz. L'arc parcouru pendant la pose est donc de:

90.0128 * 11.305733 = 1017.661 arcsec.

La valeur du signal hors occultation est de 785.65 ADU.

La valeur du signal pendant l'occultation est de 98.415 ADU.

On en déduit la différence de magnitude entre l'étoile et l'astéroïde:

dMg = 2.50 * log10 ((785.65 - 98.415) / 98.415) = 2.11

La longueur de la trace correspondant au temps de pose, et mesurée comme il est indiqué plus haut à partir des éléments de la Fig. 8 est de 567.22 pixels.

On en déduit au passage l'échelle de l'image:

1017.661 / 567.22 = 1.79412 arcsec / pixel

et la valeur d'un pixel traduit en temps

90.0128 * 1000 / 567.22 = 158.691 ms / pixel

On a dès lors tous les éléments pour déterminer

2) Image d'Alain MAURY

L'image d'Alain MAURY, orientée différemment, n'est pas affectée par les problèmes spécifiques aux colonnes. En analysant le background local, on constate seulement un gradient très régulier de +0.009 ADU / pixel.

Le bruit dont est affecté le background est de 16 ADU. Si on compensait comme dans l'image de Jean MONTANNE, en prenant 12 pixels dans le sens Y, on introduirait un bruit de 16 / sqrt(12) = 4.6 ADU, de l'ordre de grandeur de la correction. Nous préférons donc synthétiser un plan avec une pente dans le sens X de 0.009 ADU / pixel et le soustraire simplement de la mesure de la trace.

La FWHM instantanée mesurée dans sens Y évolue, le long de la traînée entre 2.2 et 2.8 pixels. Comme on pouvait s'y attendre, les valeurs les plus faibles de la FWHM correspondent aux intensités locales les plus élevées.

La valeur du signal hors occultation est de 9853.48 ADU.

La valeur du signal pendant l'occultation est de 1345.29 ADU.

On en déduit la différence de magnitude entre l'étoile et l'astéroïde:

dMg = 2.50 * log10 ((9853.48 - 1345.29) / 1345.29) = 2.00

La trace n'est pas entièrement dans le CCD donc nous ne pouvons pas l'utiliser pour déterminer l'échelle. Par contre, cette échelle, dans le cas du SCHMIDT de l'OCA est bien connue et vaut:

0.9862837 arcsec / pixel

et la valeur d'un pixel traduit en temps

0.9862837 * 1000 / 11.305733 = 85.2375 ms / pixel

On a dès lors tous les éléments pour déterminer

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Discussion des marges d'Incertitude

 

1) Image de Jean MONTANNE:

Le bruit mesuré sur le signal hors occultation est de 76 ADU. La valeur moyenne est déterminée à partir de 480 points, ce qui conduit à une incertitude sur cette valeur de 76 / sqrt(480) = 3.5 ADU.

En mesurant ce bruit sur plusieurs étoiles, on constate qu'il est sensiblement proportionnel au flux lumineux, ce qui situe sa principale cause dans la turbulence atmosphérique.

L'incertitude sur la valeur pendant l'occultation, bien que le bruit soit plus faible, est plus élevée, car la mesure n'est faite que sur 50 points, et l'incertitude résultante est de 7.3 ADU.

A mi-hauteur, on peut, à partir des remarques ci-dessus, estimer le bruit à 40 ADU. La détermination du point milieu étant faite à partir de 4 points, l'incertitude sur la valeur mesurée de Y est de 40 / sqrt (4) = 20 ADU.

En composant quadratiquement avec l'incertitude sur les seuils, on obtient une incertitude sur la position en Y de 21.6 ADU.

Or, la pente mesurée des flancs est de 160 ADU / pixel. L'incertitude, exprimé en pixels sur une mesure est donc de

21.6 / 160 = 0.135 pixels

et sur une mesure de temps qui se fait par différence

0.135 * sqrt(2) = 0.191 pixels

ce qui donne traduit en temps

0.191 * 158.691 = 30.3 ms

On peut donc déduire de tous ces éléments que la durée de l'occultation pour Jean MONTANNE a été de

9.404 +/- 0.030 secondes.

2) Image d'Alain MAURY

Le bruit mesuré sur le signal hors occultation est de 653 ADU. La valeur moyenne est déterminée à partir de 556 points, ce qui conduit à une incertitude sur la valeur du signal de 653 / sqrt(556) = 27.7 ADU.

L'incertitude sur la valeur pendant l'occultation, avec bruit de 80 ADU et 50 points de mesure est de 11.3 ADU.

A mi-hauteur, on peut, à partir des remarques faites à propos de l'image de Jean MONTANNE, estimer le bruit à 350 ADU. La détermination du point milieu étant faite à partir de 2 points, l'incertitude sur la valeur mesurée de Y est de 350 / sqrt (2) = 247 ADU.

En composant quadratiquement avec l'incertitude sur les seuils, on obtient une incertitude sur la position en Y de 249 ADU.

Or, la pente mesurée des flancs est de 2080 ADU / pixel. L'incertitude, exprimé en pixels sur une mesure est donc de

249 / 2080 = 0.120 pixels

et sur une mesure de temps qui se fait par différence

0.120 * sqrt(2) = 0.169 pixels

ce qui donne traduit en temps

0.169 * 85.2375 = 10.2 ms

On peut donc déduire de tous ces élements que la durée de l'occultation pour Alain MAURY a été de

5.110 +/- 0.010 secondes.

Nous n'avons pas indiqué de marge sur l'heure de début du phénomène. En effet, dans les deux cas, cette heure a été estimée visuellement par lecture d'une horloge digitale n'indiquant que les secondes. Alors qu'il aurait été possible de déterminer l'instant de l'occultation avec la même précision que sa durée, c'est-à-dire de l'ordre du centième de seconde, on est en présence d'une incertitude de 1 seconde, pour autant encore que les horloges aient été à l'heure, ce qui reste à prouver.

 

Observateur Alain MAURY Jean MONTANNE
Longitude 06d55'36"E 00d38'58"W
Latitude 43d44'54"N 44d49'24"N
Altitude (m) 1270 12
Télescope 36" (0.90 m) 8"
CCD Loral 2K*2K KAF-400
Echelle (arcsec/pixel) 0.9862837 1.79412
Durée (s) 5.110 9.404
Incertitude durée (s) +/- 0.010 +/- 0.030
Heure Début 00:35:39.632 00:36:27.991
Heure Fin 00:35.44.742 00:36:37.395
Incertitude Heure +/- 1 s (?) +/- 1 s (?)
Différence magnitude 2.00 2.11
     

Table 1. Récapitulation des observations

Fig 13. Graphique des observations (voir texte)

La Fig. 13 a été obtenue de la façon suivante:

La trajectoire prévue de l'ombre de Bettina sur la sol a été tracée, X représentant la longitude, sans tenir compte du facteur cos(phi) et Y la latitude. les positions des 4 observateurs ont été reportées dans les mêmes conditions par un petit cercle jaune, et un deuxième cercle concentrique dont le diamètre est proportionnel à la durée observée de l'occultation.

Les initiales de l'observateur sont reportées:

1) AM = Alain MAURY

2) JP = Joël PIRAUX

3) RD = Raymond DUSSER

4) JM = Jean MONTANNE

La figure ainsi obtenue a été tournée de façon à ce que la direction générale de la trace de l'ombre sur le sol soit sensiblement horizontale.

L'axe Y a alors été gradué en dizaines de secondes à partir de 00:35:00 TU.

La courbe marquée 'Prev', représente l'heure prévue de l'occultation, en fonction de la position de l'observateur le long de la trajectoire de l'ombre, qui se déplace d'Est en Ouest (de la droite vers la gauche sur le graphique).

Les deux autres courbes représentent de même l'heure début et l'heure fin observées.

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Peut-on améliorer la précision ?

D'ores et déjà, nous pouvons affirmer que oui.

Le bilan des incertitudes montre que, de très loin, la principale cause est liée au bruit qui affecte l'intensité de l'image. Ce bruit, surtout dans le cas d'Alain MAURY, vient non pas de la caméra, mais de la turbulence atmosphérique.

Nous avons, dès le début attiré l'attention sur la cohérences des ondulations des traînées des différentes étoiles du champ.

Nous avons d'ores et déjà fait des mesures d'intensité en fonction de l'heure pour plusieurs traînées d'étoiles présentes sur l'image d'Alain MAURY. Si l'on ramène toutes ces étoiles au même niveau, il est très clair qu'il y a une excellente superposition des courbes.

Cela veut dire que s'il l'on divise les valeurs de l'étoile occultée par la somme des valeurs d'un certain nombre d'étoiles du champ, on va considérablement réduire les mouvements de grande amplitude, précisément ceux qui contribuent le plus au bruit mesuré, le bruit résiduel n'étant plus dû qu'à la turbulence différentielle beaucoup plus faible.

Nous estimons qu'un facteur de 2 ou 3 peut être gagné.

Cette étude fera l'objet d'un prochain article.

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Préparation de futures Observations

Faire de telles mesures ne s'improvise pas à la dernière minute. L'observation doit être soigneusement préparée. 

Plus précisément:

Tout ceci peut sembler bien compliqué, mais ça ne l'est qu'en apparence, et c'est à ce prix que l'on fait une VRAIE mesure. Techniquement, ainsi qu'il a été démontré tout au long de cet article, l'amateur soigneux, avec un équipement relativement modeste, peut apporter une contribution importante. C'est avant tout une simple question de méthodologie. Le jeu en vaut la chandelle.

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Autres Informations à partir d'une Image.

Nous avons déjà mis en évidence un défaut d'orientation du CCD du SCHMIDT de l'OCA.

Ce défaut est particulièrement visible lorsque l'on fait une coupe longitudinale d'une traînée, ci-dessous celle de l'étoile occultée. Toutefois, compte tenu de la courbure des trainées, des distorsions optiques, il faut faire des mesures en plusieurs points du CCD pour déterminer une valeur moyenne de l'orientation du CCD.

Fig 14. Mise en évidence d'un défaut d'orientation du CCD du Télescope de SCHMIDT de l'OCA
(Image d'
Alain MAURY)

Il s'agit de deux coupes de la trace de l'étoile occultée, faites à 3 pixels de différence en Y (dans le sens de la déclinaison) de part et d'autre de la position moyenne en Y.

L'allure de chaque courbe est bien évidemment le profil de l'étoile (à peu près gaussienne), mais très fortement amplifié dans le sens de la largeur (1 / sin(inclinaison)).

Le maximum de la courbe rouge se trouve vers 530, et celui de la verte vers 1380. On en déduit une pente locale de la trace égale à 3 / 850 = 0.0035 rad = 0.2 degrés environ. La FWHM de la coupe étant de l'ordre de 700 pixels, on en déduit une FWHM pour l'étoile de 700 * 0.0035 = 2.45 pixels. Cette valeur, déduite très indirectement, correspond bien avec la valeur mesurée par une coupe transversale.

Bien sûr, le binning en Y permet d'intégrer ces défauts (orientation, ondulations).

Il est intéressant d'observer les irrégularités des deux courbes, qui sont anti-correllées, et ceci correspond à la composante suivant Y des ondulations de la trajectoire. Ainsi, un pic sur la courbe verte correspond à un creux sur la courbe rouge et inversement:

Voir notamment à X = 420, 710, 740, 840, 860, 870, 900, 940, 975, 1070 1150.

Le rapport des amplitudes change régulièrement en fonction de X, c'est normal, car l'amplitude est à peu près proportionnelle au signal.

Des mesures préliminaires, à confirmer, montrent aussi un léger défaut de perpendicularité de la surface du CCD par rapport à l'axe optique.

Comme nous l'avons signalé, on peut déterminer l'échelle en arcsec/pixel.

On peut étudier le domaine de cohérence de la turbulence par la mesure de nombreuses traces au travers du CCD.

L'image originale contient la totalité du CCD, y compris les colonnes masquées et les pixels fictifs.

On peut en tirer aussi nombre d'informations sur le CCD lui-même:

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Conclusion

Nous avons montré que, contrairement à des allégations avancées sans démonstration, le CCD peut être utilisé pour la mesure précise, dont nous avons établi les marges d'incertitude, de phénomènes de courte durée, et cela même avec de modestes équipements d'amateur.

Il suffit d'adopter une stratégie d'observation adaptée, et la méthode de réduction adéquate.

Nous avons aussi montré l'importance de la préparation de l'observation, et avons ébauché quelques recommandations.

Nous remercions Alain MAURY et Jean MONTANNE qui ont préparé les fichiers nécessaires à cette étude, et ont aimablement fourni les renseignements que nous leur avons demandés.

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Pour tout commentaire ou question contacter Jean-Claude PELLE

Mise à Jour le 29 oct. 2003