Saint Augustin
Augustin, évêque d' Hippone,
docteur de l'Église,
(+ 430),
28
août,

Augustin
est né en l'an 354 dans la province romaine de Numidie à Tagaste (près
d'Annaba en Algérie actuelle) et mort en 430 à Hippone (Annaba).
Augustin
fait l'objet de toutes les sollicitudes d'un père païen, fonctionnaire de
l'Empire qui le destine aux plus hautes charges dans l'administration impériale,
et d'une mère chrétienne, la future sainte Monique, qui lui transmettra sa foi
fervente. D'ascendance berbère et probablement punique, il sera élevé dans la
culture romaine et ne connaîtra d'autre langue que le latin.
Sa
famille, modeste fait des sacrifices pour qu'il fasse des études de rhétorique
(parler en public).
Le
long périple qui le conduira jusqu'aux villes européennes débute après ses
premières classes à Tagaste et à Madaure. À dix-sept ans, il arrive à
Carthage. Tout en prenant part à la vie turbulente des étudiants de la
capitale de l'Afrique romaine, il se forme à la rhétorique, à travers l'étude
de Virgile, des historiens et des poètes latins. Mais il découvre seul la
philosophie dans l'Hortensius de Cicéron, qu'il oppose à la Bible dans
laquelle il voit un recueil d'histoires irrationnelles destinées à des
ignorants. Il aspire à «l'immortalité de la sagesse». Ce goût pour la
spiritualité n'apaise cependant pas ses passions amoureuses: à la même époque,
le jeune Augustin prend une compagne, à qui il restera lié pendant plus
de quinze ans. Devenu père en 372, il retrouve un équilibre inespéré en
s'occupant de son fils Adéodat. (qui se convertira avec lui mais mourra jeune).
Éveillé
à la philosophie, Augustin cherche obstinément une réponse à l'origine du
Mal. Il rencontre alors des manichéens. Pour les disciples de Mani (216-277),
le monde est partagé entre le Bien et le Mal, et les ténèbres de la Matière
obscurcissent la lumière de l'Esprit. Séduit par la doctrine manichéenne,
Augustin rejoint la secte dans son combat pour libérer la substance lumineuse
que chacun porte en lui. Cette adhésion – qui durera neuf ans – lui redonne également l'espoir de libérer son
âme de la prison de la chair.
Mais
la rencontre décevante avec l'évêque manichéen Faustus précipite sa rupture
avec une pensée dualiste –
prisonnière de l'opposition de deux principes – qui n'admet pas la faculté de vouloir et nie
la liberté et la responsabilité humaine.
En
374, Augustin est nommé professeur de rhétorique à Carthage, puis à Milan à
partir de 384. Les œuvres
des philosophes néoplatoniciens Plotin et Porphyre changent radicalement sa
vision du monde et lui révèlent les joies de la contemplation.
Brillant
orateur, il écrira aussi de nombreux livres, ce qui l'amènera, après sa
conversion à écrire une réfutation des erreurs de ses écrits passés!
C'est
à Milan qu'il rencontre Saint Ambroise qui le marque profondément. Il refuse
toujours de devenir chrétien parce que la Bible l'intéresse peu, parce qu'il
n'arrive pas à concevoir intellectuellement que Dieu soit pur Esprit, et
surtout qu'il ne veut pas abandonner sa vie passée (Il croit que devenir chrétien
l'obligerait à renoncer à sa sexualité).
Sa
mère, Monique prie pour sa conversion pendant près de 10 ans et, finalement,
en 386, il entend une voix qui lui dit "prends et lis". Il ouvre la
Bible, posée près de lui et y lit une phrase de Saint Paul qui l'interpelle
profondément.
La lecture des Épîtres de Paul, l'influence de sa mère, Monique, et de l'évêque de Milan, Ambroise, l'amènent à se rapprocher des chrétiens. Comme il le raconte dans les Confessions, après «le remous de ses hésitations» il vit un moment intense de déchirement intérieur. Cette «componction» le décide à se convertir

À
l'automne 386, il écrit trois ouvrages, Contre les académiciens, la Vie
heureuse et l'Ordre, qui font la synthèse des trois grandes
traditions: platonicienne, chrétienne et érudite.
En
387, dans la nuit de Pâques, il est baptisé à Milan par Ambroise..
Augustin
et les siens décident de rentrer en Afrique. Lors d'une halte à Ostie, peu
avant la mort de Monique, mère et fils font une expérience exceptionnelle
d'extase. Pendant deux années de retraite, Augustin écrit un traité (Sur
la musique), un dialogue avec son fils Adéodat sur la pédagogie divine (le
Maître) et un ouvrage polémique contre les manichéens (la Vraie
Religion).
Alors
qu'il fonde un monastère à Hippone (aujourd'hui Annaba) peu après la mort de
son fils et que sa réputation ne cesse de croître dans l'Afrique chrétienne,
il est amené à accepter la prêtrise: au cours d'un office présidé par le
vieil évêque Valerius, il est acclamé par l'assistance qui demande son
ordination immédiate
Dès
lors, Augustin redouble d'activité: un débat public l'oppose, le 28 août
392, à un ancien ami manichéen, il dirige le monastère qu'il a installé dans
le jardin de l'église à Hippone, et compose ses premiers commentaires sur les
Psaumes
Il va vivre pendant trois ans en communauté avant d'être élu évêque par acclamation populaire. C'était une responsabilité particulièrement écrasante à l'époque : s'occuper des affaires de tous, faire des homélies, siéger au tribunal. Tiraillé entre ses aspirations à méditer en solitaire et son souci de se dévouer aux hommes qui le sollicitent, il comprend combien l'Eglise est à la fois communion au mystère du Christ et rencontre concrète des hommes dans un ministère de charité.

.
Consacré évêque en 395, il succède à Valerius en 396, à Hippone.
L'Église d'Afrique est divisée par le schisme des donatistes: les héritiers
de l'évêque Donat, qui s'engagent dans le conflit des cultivateurs berbères
contre les colons romains, prônent une «Église des purs». Le rôle
d'Augustin sera capital dans la lutte et les querelles doctrinales contre le
donatisme et les extrémistes qui résistent, par des coups de force, au contrôle
catholique. En 405, quand un édit impérial soumet les donatistes aux lois
frappant les hérétiques, il contribue efficacement à la dissolution de l'Église
donatiste en Afrique et ne sait pas empêcher la répression sanglante. À la même
époque, il compose plusieurs ouvrages contre le donatisme, deux traités
majeurs, De la doctrine chrétienne, où il fait de la Bible la base de
la culture chrétienne, et Sur la Trinité, sa principale œuvre dogmatique.
Saint
Augustin va être contemporain de la décomposition de l'Empire Romain et
notamment de la prise de Rome par les Goths (en 410, par le roi Alaric,). La
ville sera envahie et en partie brûlée . Cet événement incroyable,
impensable va semer la panique dans tout l'empire romain. Les chrétiens
notamment se posent la question : "Comment se fait-il que Rome tombe alors
qu'elle vient de se convertir au christianisme (sous l'empereur Constantin)
?" Il est incompréhensible que Dieu la laisse tomber à ce moment. Pour
Augustin, c'est un désastre sans précédent, mais il croit à la survie de
l'Empire romain et chrétien. Contre l'idéal païen et ses valeurs ….N'étaient-ce
pas les dieux anciens qui protégeaient Rome? Cette question va inspirer un
livre à St Augustin : la cité de Dieu. A l'opposé de la cité céleste
(le royaume de Dieu, déjà en germe), les cités terrestres (Rome et toutes nos
constructions) sont appelées à disparaître. Il faut donc vivre et espérer en
fonction de la cité céleste. la vie terrestre est le noviciat de l'éternité.
Après
la victoire sur l'Église donatiste – dès lors rejetée dans la clandestinité et
ses membres poursuivis avec minutie et cruauté –, Augustin mène un autre combat, cette fois
contre Pélage, un ascète chrétien venu des îles Britanniques qui avait gagné
à ses idées des disciples à Rome, en Afrique et en Terre sainte où il avait
prêché la piété austère et l'obéissance absolue aux commandements de Dieu.
Pour lui, le baptême est le début d'une vie héroïque, fondée sur la liberté
de choix dans l'action. Attribuant une grande force à la volonté humaine, il
rejette catégoriquement le «péché originel». Augustin défend contre Pélage
sa conception de la grâce divine. Après plusieurs interventions auprès du siège
épiscopal de Rome et à la cour de Ravenne, il obtient en 418
l'excommunication de ses adversaires.
La
vieillesse d'Augustin est marquée par la bataille qui l'oppose à Julien d'Éclane,
le chef des pélagiens après 418, qui l'accuse de répéter les enseignements
reçus jadis des manichéens. Augustin le présente comme un intellectuel
arrogant, un dilettante mondain. L'énigme et l'horreur du Mal assombrissent les
dernières années d'Augustin. C'est alors qu'il compose son traité la Prédestination
des saints. Il rédige aussi les Rétractations, remarques critiques,
et surtout explicatives, sur ses propres ouvrages
En
429 et 430, les Vandales envahissent l'Afrique du Nord et assiègent Hippone.
Augustin, pris de fièvre, passe ses derniers jours à prier et meurt le 28 août
430.

Saint
Augustin a surtout marqué l'histoire de l'Eglise par ses écrits théologiques
qui font encore autorité aujourd'hui (c'est par exemple un des auteurs les plus
cités de l'excellent catéchisme de l'Eglise Catholique). Son livre le plus
connu est : les confessions, où il raconte très simplement sa vie et sa
conversion, en louant Dieu, et en faisant des commentaires "théologiques".
Le plus connu est son commentaire autour d'un vol de poire qu'il fit dans sa
jeunesse. Il y montre comment la source du péché est souvent la jalousie de
Dieu et le désir de faire le mal pour "décider du bien et du mal"
comme seul Dieu peut le faire. Le titre, les confessions, a un double
sens : confesser Dieu, le proclamer, et aussi confesser ses erreurs.
Saint
Augustin a beaucoup écrit sur la grâce, en raison de son histoire personnelle
vis à vis des manichéens et de l'hérésie de Pélage qu'il a combattu.
L'homme a besoin de la grâce toute puissante pour être sauvé. Pélage prétendait
que l'homme pouvait se sauver par ses seules forces pourvu qu'il fit preuve de
beaucoup d'ascétisme. Chez Augustin, il y a la grâce toute puissante au
secours de l'homme pécheur, mais néanmoins libre et responsable. L'homme, livré
à un conflit intérieur, est souvent victime de son inclination au péché mais
il est pardonné par Dieu. Il compare parfois Dieu à un médecin, à un père,
ou au pilote d'un navire dans la tempête.
"Nous
vous ouvrons notre cœur en vous confessant nos misères, et vos miséricordes
pour nous, afin que vous nous délivriez tout à fait puisque vous avez commencé
de le faire, et que nous cessions d'être malheureux en nous pour goûter le
bonheur en vous."
Les confessions livre 11.
Saint
Augustin a également combattu l'hérésie des donatistes et a fondé une théologie
de l'église en réponse aux donatistes
La
création est bonne (contrairement à la doctrine des manichéens). Le mal, pour
Augustin, vient de l'orgueil et de la jalousie qui dressent les hommes contre
Dieu :
"J'ai
cherché ce qu'est le mal, et j'ai trouvé que ce n'est pas une substance, mais
la perversité d'une volonté qui se détourne de la souveraine substance (de
vous, mon Dieu) pour se jeter dans les choses basses et qui projette ses
entrailles (Si 10,9) et se gonfle au dehors" Les
confessions livre 7.
"car
le Dieu tout puissant (...) puisqu'il est souverainement bon, ne laisserait
jamais un mal quelconque exister dans ses oeuvres s'il n'était assez puissant
et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même."
"l'homme
ne peut, tant qu'il est dans la chair, éviter tout péché, du moins les péchés
légers. Mais, ces péchés que nous disons légers, ne les tiens pas pour
anodins : si tu les tiens pour anodins quand tu les pèses, tremble quand tu les
comptes. Nombre d'objets légers font une grande masse ; nombre de gouttes
emplissent un fleuve ; nombre de grains font un monceau. Quelle est alors notre
espérance? Avant tout la confession..." Epître à Jean
"Notre
cœur est sans repos tant qu'il demeure loin de vous"
Les confessions
Saint
Augustin a consacré un gros traité à la Trinité. Il pense que la
connaissance de la Trinité est essentielle, et aussi nécessaire pour
comprendre l'homme. Dieu est aussi "l'Eternel intérieur".
Pour
terminer, disons que beaucoup voient Augustin comme pessimiste parce qu'il parle
du péché (racheté) de l'homme, c'est oublier toutes ses pages sur le bonheur
de voir Dieu, et la "douceur" de le connaître :
