Saint Pothin
Saint Pothin fut le premier évêque de Lyon. Il venait de l'Asie, avait été
formé à l'école de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, et envoyé par lui
dans les Gaules.
Pothin, après avoir gagné un grand nombre d'âmes à Jésus-Christ, fut arrêté
sous le règne de Marc-Aurèle. Il était âgé de quatre-vingt-dix ans, faible
et tout infirme; son zèle et le désir du martyre soutenaient ses forces et son
courage. Conduit au tribunal au milieu des injures de la populace païenne, il
fut interrogé par le gouverneur, qui lui demanda quel était le Dieu des chrétiens:
"Vous le connaîtrez si vous en êtes digne," répondit l'évêque. A
ces mots, la multitude furieuse se précipite contre lui; ceux qui étaient plus
près le frappèrent à coups de pieds et à coups de poings, sans aucun respect
pour son âge. Le vieillard conservait à peine un souffle de vie quand il fut
jeté en prison, où il expira peu après.
Le récit du martyre des compagnons de saint Pothin est une des plus belles
pages de l'histoire de l'Église des premiers siècles. Le diacre Sanctus
supporta sans faiblir toutes les tortures, au point que son corps était devenu
un amas informe d'os et de membres broyés et de chairs calcinées; au bout de
quelques jours, miraculeusement guéri, il se trouva fort pour de nouveaux
supplices. Il ne voulait dire à ses bourreaux ni son nom, ni sa patrie, ni sa
condition; à toutes les interrogations il répondait: "Je suis chrétien!"
Ce titre était tout pour lui; livré enfin aux bêtes, il fut égorgé dans
l'amphithéâtre.
Maturus eut à endurer les mêmes supplices que le saint diacre; il subit les
verges, la chaise de fer rougie au feu, et fut enfin dévoré par les bêtes féroces.
Le médecin Alexandre, qui, dans la foule des spectateurs, soutenait du geste le
courage des martyrs, fut saisi et livré aux supplices.
Attale, pendant qu'on le grillait sur une chaise de fer, vengeait les chrétiens
des odieuses imputations dont on les chargeait indignement: "Ce ne sont
pas, disait-il, les chrétiens qui mangent les hommes, c'est vous; quand à
nous, nous évitons tout ce qui est mal." On lui demanda comment S'appelait
Dieu: "Dieu, dit-il, n'a pas de nom comme nous autres mortels."
Il restait encore le jeune Ponticus, âgé de quinze ans, et l'esclave Blandine,
qui avaient été témoins de la mort cruelle de leurs frères; Ponticus alla le
premier rejoindre les martyrs qui l'avaient devancé; Blandine, rayonnante de
joie, fut torturée avec une cruauté particulière, puis livrée à un taureau,
qui la lança plusieurs fois dans les airs; enfin elle eut la tête tranchée.
Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame,
1950.