Mais puisqu'elle connaît le labeur du mental et de la vie

Comme une mère sent et partage la vie de ses enfants,

Elle projette une petite parcelle d'elle même,

Un être pas plus grand que le pouce d'un homme,

Qu'elle introduit dans une région cachée du coeur

Pour affronter les tourments et oublier la félicité,

Pour partager la souffrance et endurer les blessures de la terre

Et peiner parmi les étoiles en labeur.

C'est cela qui, en nous, rit et pleure, subit les coups,

Exulte dans la victoire, combat pour la couronne,

Identifié au mental, au corps et à la vie,

Il prend sur lui leurs angoisses et leurs défaites,

Saigne sous le fouet du Destin, est suspendu à la croix,

Et pourtant demeure le Moi immortel et intact

Qui soutient l'acteur sur la scène humaine.

A travers cela elle nous envoie sa gloire et ses pouvoirs,


Nous pousse vers des sommets de sagesses, à travers des gouffres de misère;

Elle nous donne la force d'accomplir notre tache quotidienne

Et la compassion qui prend part à la douleur d'autrui,

Et le peu de force que nous avons pour aider nos semblables,

Nous qui devons tenir le rôle de l'univers

Qui se joue dans une frêle forme humaine

Et sur nos épaules porter le monde en lutte.

Telle est en nous la déïté faible et diminuée;

En cette parcelle humaine de divinité

Elle installe la grandeur de l'Ame dans le temps

Pour l'élever de lumière en lumière, de pouvoir en pouvoir,

Jusqu'à ce qu'elle se tienne, royale, sur un sommet célèste.

Faible dans le corps, dans son coeur puissance invincible,

Elle grimpe trébuchant, soutenue par une main invisible,

Esprit besognant dans une forme mortelle.


Sri Aurobindo

Savitri

Livre VII, Chant 5